Pourquoi le choix du vin au barbecue est loin d’être anodin

  • La saison des grillades arrive, et avec elle, sa farandole de viandes, saucisses, poissons et légumes marqués à la flamme. Mais le barbecue, ce n’est pas juste une affaire de charbons ou de cuisson à l’œil : c’est tout un art de la convivialité et du goût ! Or, le vin n’y est pas un simple figurant. Bien choisi, il sublime la viande, magnifie la fumée, adoucit les tannins… ou peut, à l’inverse, tout écraser ! L’accord réussi, c’est une question de textures, de goûts (fumé, grillé, épicé, tendre, juteux), d’intensité… et un peu de bon sens paysan. D’après Vin & Société, 76% des Français associent volontiers vin et barbecue* – mais combien savent quels crus déployer selon la viande, la marinade et la cuisson ? Tour d’horizon affûté pour toutes les envies carnées et toutes les bourses.

    Source : Vin & Société, Baromètre 2023.

L’accord classique : rouges et viandes rouges grillées, mais pas seulement...

  • Quand on pense barbecue, on imagine vite une bonne entrecôte, une côte de bœuf ou une grillade d’agneau, charnues et fondantes à souhait. Mais attention aux pièges : la flamme et les sucs grillés peuvent écraser un vin rouge trop léger, ou à l’inverse se retrouver dominés par un rouge ultra-tannique si la viande est tendre ou peu marinée. Voici la grille de lecture à avoir :

    • Bœuf saignant ou entrecôte épaisse : Privilégiez un rouge corsé mais souple, type côtes-du-rhône villages, vacqueyras, ou un madiran (quand vous cherchez de la structure). Pour les budgets maîtrisés, un cahors malbec jeune (6-10 €)
    • Agneau grillé (côtes, gigot à la braise) : Un corbières ou fitou jeune, qui encaisse bien le romarin, l’ail ou les marinades. Au-dessus, lorgnez du côté d’un châteauneuf-du-pape si c’est la fête (30 €+).
    • Bavette, onglet ou steak mariné : Attention aux épices et à la moutarde : partez sur un côtes-de-bourg ou un fronton, des vins du Sud-Ouest friands, mais qui restent frais.

    Surtout, évitez les bordeaux vieux, qui demandent des viandes plus tendres, ou les bourgognes souples, qui risquent de se faire oublier.

La cuisson : un critère-clé pour choisir le vin

  • Cuire sa viande à la braise, à la plancha ou en papillote, ce n’est pas du tout pareil côté accord. Voyons ce qui fonctionne selon le mode de cuisson :

    Type de cuisson Effet sur la viande Vins conseillés
    Grillade sur braise/charbon Suc caramélisé, fumé intense, croûte marquée Reds puissants ou épicés : langudoc, syrah du nord, fitou, malbec
    Plancha Moins de fumé, plus de jus, texture plus fondante Reds fruités (chinon, pinot noir d’Alsace), rosés frais, voire blancs aromatiques sur volailles
    Papillote ou cuisson indirecte Moelleux, arômes plus subtils, peu de croûte Vins plus doux : gamay du beaujolais, blanc du sud léger, chenins

    Petit aparté : Les cuissons à feu vif réclament des vins de caractère, car l’amertume du grill se marie mal avec la légèreté. À l’inverse, la cuisson douce appelle un vin plus soyeux, moins extractif.

Porc, volaille, merguez : des cas à part, des vins à part

  • Porc au barbecue : osez sortir du tout-rouge

    La côte de porc supporte volontiers des rouges fruités – un saumur-champigny ou un côtes-du-roussillon. Mais attention, la viande de porc a un côté doux, parfois sucré, surtout sur des travers caramélisés ou une marinade au miel. Là, on ose :

    • Un rosé de Provence marqué (bandol, palette) s’il y a des épices.
    • Un blanc de loire sec (savennières ou anjou) s’il y a des herbes ou de la moutarde.

    Volaille (poulet, pintade) : blanc ou rouge léger, mais pas insipide

    Évitons le piège du rosé fade à tout prix ! Pour la cuisse de poulet grillée ou les pilons marinés, rien ne bat un chardonnay vif de bourgogne ou mâcon (pas trop boisé), ou un pinot noir frais (alsace, voire sancerre rouge pour se faire plaisir). Le blanc bu tout frais contraste avec la peau grillée, relevée.

    Merguez, chipolatas, saucisses aux herbes : l’accord aromatique qui fait toute la différence

    • Merguez et épices : privilégier un côtes-du-roussillon villages ou un faugères, pour tenir tête au piment.
    • Saucisses aux herbes : rosé sudiste de caractère, ou blanc du Sud (cassidy de gascogne, par exemple).

    Attention au piège : les tanins trop durs sur les épices peuvent accentuer le piquant. Un rouge gouleyant, style priméur, jeune syrah, fera merveille si l’on veut du fruit.

Poissons et fruits de mer, souvent oubliés… à tort !

  • Truite grillée, sardine au barbecue, brochette de crevettes à la plancha : le barbecue, c’est aussi ça ! L’accord parfait se trouve ici du côté des blancs, mais pas n’importe lesquels…

    • Poissons gras (saumon, maquereau, sardine) : Privilégiez un blanc riche et aromatique (viognier du Rhône, chardonnay non boisé, marsanne, voire un bourgogne aligoté).
    • Poissons délicats (filet, cabillaud, dorade) : Un sauvignon de Loire (Touraine, Reuilly, Menetou-Salon) ou un muscadet sur lie pour coller au beurre citronné.
    • Brochettes de crevettes, gambas : Un rosé du Languedoc ou un blanc de Provence, voire un vermentino de Corse.

    Pour ceux qui aiment oser, un rouge très frais (gamay, pinot noir) légèrement rafraîchi fait parfois merveille sur la sardine ou le thon mi-cuit.

    Astuce : Certains n’hésitent pas à sabrer une blanquette de Limoux ou un crémant bien sec pour s’étonner sur le poisson grillé. Cela donne une dimension festive idéale pour la terrasse.

Légumes grillés et options végétariennes : le retour gagnant du blanc et du rosé de gastronomie

  • L’aubergine au charbon, le poivron rôti, la courgette tendre, les champignons farcis… le barbecue se met au vert ! Les légumes grillés ont tendance à “réveiller” les vins par leur côté rôti et caramélisé. Voici comment les marier :

    • Blancs frais et aromatiques (melons de Bourgogne, sauvignons, grenaches blancs)
    • Rosés riches (tavel, bandol rosé) quand il y a du fromage ou de la feta
    • Rouge léger servi frais (gamay, pinot noir alsacien) si tout est grillé à point

    À retenir : Sur les légumes, on mise sur la fraîcheur, pas trop d’élevage ni de bois. L’idée est d’apporter du pep’s, de désaltérer... sans masquer la douceur du légume rôti.

Bulles et rosé : incontournables festifs ?

  • Pas de barbecue sans rosé, c’est entendu – les chiffres de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) parlent d’eux-mêmes, avec près de 38% des rosés consommés en France entre mai et septembre (OIV, 2022). Mais attention à choisir un rosé qui a du caractère, de la structure, et pas une flaque insipide. Ce qui marche :

    • Un tavel (Rhône) : rosé de gastronomie, intense, parfait pour les barbecues mixtes (viandes et légumes)
    • Un bandol rosé (Provence) : corsé, floral, pour la côte de porc ou les grillades de poisson
    • Un rosé du Luberon ou de Corse : fruité, tendu, bonne longueur en bouche

    Quant aux bulles, un crémant d’Alsace ou de Loire, frais mais sec (brut nature si possible), lance la fête sur les poissons et crevettes grillées, et ne détonne jamais à l’apéro autour du barbecue.

    Oser : Accordez les bulles avec un tartare de bœuf ou des brochettes végétariennes au fromage. Étonnement garanti, convivialité assurée.

    Source : OIV, Rapport consommation de rosé 2022.

Trois budgets, trois sélections pour briller sans se ruiner (ou presque)

  • Budget Rouge Blanc Rosé Bulles
    Moins de 8 € Côtes-du-rhône village, Fronton, Malbec de Cahors Muscat sec, Sauvignon de Loire Rosé de Loire, Côtes-du-roussillon Crémant de Loire brut
    8 à 15 € Corbières, Fitou, Saumur Champigny Chenin de Vouvray sec, Chardonnay de Bourgogne Saint-Véran Bandol, Tavel Crémant d’Alsace extra-brut
    Pour se faire plaisir (+20 €) Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Côte-Rôtie jeunes Savennières, jurançon sec Palette, Corse Porto-Vecchio Blanquette de Limoux, Champagne brut nature

    Ces sélections sont bien sûr à adapter à vos régions, à vos envies – et à la gourmandise du moment !

Le mot de la fin : s’amuser, tester, partager

  • Le barbecue en France, c’est d’abord une invitation à sortir des sentiers battus. La règle la plus essentielle : goûter, oser, et accorder vins et recettes selon ce que la flamme du moment inspire. Il n’y a pas de dogme, juste du plaisir – à condition de privilégier des vins francs, bien faits, qui supportent la convivialité et les hauts fourneaux du jardin. On peut très bien finir la soirée sur une côte de bœuf et démarrer le lendemain par des crevettes grillées et bulles… L’important : que chaque verre accompagne les rires autour du feu. Bon barbecue, et surtout… bonnes bouteilles !

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